Lors de la campagne des élections municipales de 2020, le candidat Vincent et les membres de sa liste avaient pris soin d’oublier un détail dans leur programme : la réfection complète de la mairie du village.
Un oubli sans doute. Un oubli à 1 million d’euros.
Quatre ans plus tard, changement de discours. L’an dernier, la majorité municipale a soudain découvert après près de 30 ans d’occupation des lieux, une « situation d’urgence » imposant des travaux lourds. Explication officielle, répétée en conseil municipal et dans Le Mandréen : les toilettes de la mairie n’étaient plus à la hauteur. Comprendre : pas assez dignes du maitre des lieux.
Et ce n’est pas un montage, photographie prise le 7 juin 2025 à 16h30
L’urgence justifie-t-elle vraiment la bagatelle de 1 000 000 d’euros de travaux ?
À ce tarif-là, oui : le trône de la mairie a été changé. Et avec un certain mépris pour l’argent public, l’ancien a même été abandonné un temps cet été en plein soleil, devant la mairie, comme un symbole involontaire de la désinvolture financière ambiante.
Plus étonnant encore : 1 million d’euros, c’est précisément le montant de l’emprunt voté en fin d’année par les membres de l’équipe municipale. Une coïncidence sans doute. Une de plus.
Pour donner l’échelle de l’indécence, rappelons que le fauteuil de Gérard Larcher, président du Sénat, du même parti politique que la liste du maire, avait fait scandale pour un coût de 34 000 euros. Lui, au moins, avait feint la surprise et demandé une enquête.
À Saint-Mandrier, pas d’enquête : on passe directement à la caisse.
Ce que la majorité municipale se garde bien de dire, c’est que la mairie est située en zone de submersion marine, bien identifiée par le Cerema, l’IGN, le BRGM, le préfet, aujourd’hui régulièrement inondée lors des épisodes de surcotes barométriques et de pluies. Les images récentes du port parlent d’elles-mêmes : l’eau monte, envahit les quais, gagne le cœur du village.
Dans ce contexte, engager 1 million d’euros d’argent public pour rénover un bâtiment structurellement exposé aux risques climatiques, sans débat sérieux sur sa relocalisation, sa protection ou son adaptation, relève au mieux de l’aveuglement, au pire de l’irresponsabilité.
Alors que le changement climatique n’est plus une hypothèse mais une réalité mesurable, que les études scientifiques démontrent désormais la montée du niveau de la mer et la multiplication des épisodes extrêmes, la municipalité fait le choix de l’investissement à court terme, pour le confort immédiat, plutôt que d’une réflexion stratégique sur la sécurité, la résilience et l’avenir du village.
On ne traite pas le risque de submersion marine avec du carrelage neuf et un trône rutilant.
On ne répond pas à l’urgence climatique par une gabegie immobilière dans une zone que la mer reconquiert déjà.
Ironie ultime : ce même courant politique n’a eu de cesse de réduire les budgets des services publics, au nom de la rigueur et de la responsabilité. Mais quand la dépense profite au confort des élus plutôt qu’aux besoins urgents des habitants, prévention des submersions, adaptation au changement climatique, services de proximité, etc. alors le robinet s’ouvre grand.
La mer monte dans le port.
Les alertes s’accumulent.
La dette monte dans les comptes.
Mais à la mairie, on préfère regarder ailleurs.
Et la confiance, elle, continue de couler.


