Nous mettons en ligne la lettre ouverte du Docteur Guida:
Chères Mandréennes, chers Mandréens,
Je suis le Dr Guida, médecin généraliste dans notre commune depuis plus de quarante ans. Mon arrière-grand-père était originaire de Procida, mon grand-père et mon père ont pratiqué la pêche toute leur vie à Saint-Mandrier. À la fin de mes études de médecine, j’ai choisi de revenir m’installer sur cette presqu’île où j’avais passé toute mon enfance.
Au fil des années, je me suis également investi dans l’enseignement de la médecine générale. En plus des cours dispensés à la faculté de Marseille, j’ai accueilli de nombreux internes dans mon cabinet et j’ai été nommé professeur associé de médecine générale.
Durant toute ma carrière, je ne me suis jamais intéressé à une carrière politique, et encore moins à la politique politicienne. Si je prends aujourd’hui la plume pour m’adresser à vous, c’est parce que certaines affirmations contenues dans un tract diffusé le 7 mars par M. Gilles Vincent, candidat à sa réélection, ne peuvent rester sans réponse.
Rappel des faits
Dès 2020, alertés par les difficultés d’accès aux soins qui concernent aujourd’hui près de 86 % du territoire français, mes collègues médecins et moi-même avons pris conscience d’un risque très concret : celui de voir apparaître rapidement une véritable pénurie de médecins dans notre commune.
Entre 2017 et 2020, deux médecins généralistes sont partis à la retraite sans successeur. À l’époque, cinq des six médecins restants avaient déjà plus de 59 ans. Aujourd’hui, en 2026, la plupart d’entre nous ont dépassé les 64 ans.
Face à cette situation, de nombreux professionnels de santé se sont mobilisés. Ensemble, nous avons créé l’association Soins Santé Saint-Mandrier (SSSM) afin d’élaborer un véritable projet de santé pour notre territoire.
Ce projet, validé par l’ARS en octobre 2023, a permis la création en novembre 2023 de la Maison de Santé Pluriprofessionnelle de la Presqu’île, que je cogère avec Mme Andreoli, pharmacienne.
Aujourd’hui, 18 professionnels de santé participent à cette dynamique collective.
Ensemble, nous avons mis en place :
- des horaires de consultation très élargis,
- des consultations sans rendez-vous chaque jour,
- des actions de prévention et de santé publique (Mars Bleu, Octobre Rose, Mois sans tabac…),
- des ateliers gratuits pour la population (mémoire, équilibre, bien-être),
- des marches santé pour les personnes âgées,
- des actions contre l’obésité infantile,
- des activités de sport-santé comme le rugby santé.
Tous les mois, les professionnels de santé se réunissent afin de coordonner la prise en charge des patients et d’organiser ces actions.
Cette organisation moderne et collective est à la fois très attractive pour de jeunes médecins et garante d’une prise en charge de qualité pour la population.
Ce qui manque toujours depuis six ans : un local commun adapté
Nous étions convaincus qu’il relevait de la compétence municipale de se saisir de cette question.
Pourtant, dans le bulletin municipal de mai 2021, le maire écrivait : « Lors de la dernière campagne électorale, les élus de la Vague avaient déjà tenté de faire croire qu’un projet de maison de santé verrait bientôt le jour. Vous ne les avez pas crus, nous non plus. »
Il ajoutait également : « Il n’y aura en aucun cas un financement de la commune, car nous ne sommes pas un village de Lozère à la recherche désespérée d’un médecin et nous n’avons ni locaux ni terrains disponibles. »
Face à cette position, et afin de maintenir un dialogue apaisé et dépolitisé, mes collègues le Dr Vergos et le Dr Abcaya, ancien interne et remplaçant régulier à l’époque, ont rencontré M. le Maire pour lui exposer la réalité de la situation et les risques à venir.
La réponse a été simple : la commune ne participerait pas financièrement au projet.
En septembre 2024, la municipalité a accordé un permis de construire à Bouygues Immobilier pour une résidence senior comprenant un espace de 203 m² qui aurait pu accueillir la maison de santé.
Les propositions de l’aménageur évoquaient un loyer évolutif de 50 000 € à la livraison, 55 000 € l’année suivante, 60 000 € la troisième année.
Mais ces montants étaient hors taxes, hors charges, et sans aucune précision sur la date de livraison ni sur le montant réel des charges.
Depuis, et malgré nos relances, ces points n’ont jamais été précisés par l’aménageur. La SISA devait également verser six mois de loyers dès la signature du pré-bail.
Malgré cela, le maire écrivait en octobre 2024 aux professionnels de santé : « Dans quelques mois, cette résidence senior verra le jour et, en cas de refus par la SISA de s’installer dans le local qui lui est réservé, la surface sera transformée en habitations. »
Il ne s’agissait pas d’un refus de s’installer, mais du refus de signer un bail comportant tant d’omissions et d’incertitudes.
Le maire terminait son courrier par : « Après plus de deux ans de tractations, nous estimons être allés au bout de l’aide que la commune pouvait vous apporter. »
Mais à ce jour, toujours rien n’a été construit.
Dans Le Mandréen de novembre 2025, on pouvait lire : « Nous écrirons dès cette semaine aux gérants de la SISA afin qu’ils nous précisent clairement quelles sont leurs réponses sur les propositions de location dans la résidence senior et dans le local provisoire, afin que les Mandréens ne soient pas pénalisés un jour dans leur parcours de santé. »
Le maire, lui, était très clair sur les responsables désignés d’un éventuel échec du projet : ce seraient, bien sûr, les professionnels de santé.
Qui fait de la politique politicienne ?
Le local provisoire
En janvier 2026, un local provisoire nous a été proposé au tarif de 25 €/m², puis en février au tarif de 15 €/m².
Au-delà de ces variations pour le moins surprenantes, ce local se compose de box de 12 à 15 m², mal insonorisés, avec un simple couloir servant de salle d’attente.
Un tel espace ne permet ni aux professionnels de santé de consulter dans des conditions dignes de leur mission, ni aux patients d’être accueillis dans un cadre respectueux de leur intimité.
Pour ces raisons, l’ensemble des 18 professionnels de santé réunis le 4 mars dernier a décidé de refuser cette proposition.
En conclusion
Après ce rappel nécessaire des faits, chacune et chacun pourra se faire son opinion.
Notre seule préoccupation, depuis le début, est simple : préserver l’accès aux soins pour les habitants de Saint-Mandrier et préparer l’avenir médical de notre commune.
Il appartient désormais aux Mandréennes et aux Mandréens de juger, en toute connaissance de cause, qui agit dans l’intérêt de la santé publique et qui préfère transformer cet enjeu essentiel en débat politicien.
Pour ma part, j’ai choisi de m’engager aux côtés de la liste La Vague Mandréenne, afin d’apporter mon expérience et de contribuer concrètement à faire aboutir rapidement ce projet indispensable de maison de santé communale, dans l’intérêt de tous les habitants de la presqu’île.
Dr Guida

