Le témoignage de Nolwenn Montagny
Les élus de la Vague Mandréenne ont toujours défendu une idée simple : la démocratie locale ne vit que si toutes les voix peuvent s’exprimer. Parmi celles et ceux qui ont incarné cette conviction, Nolwenn Montagny, architecte, élue de La Vague Mandréenne entre 2020 et 2026, a joué un rôle essentiel.
Jeune Mandréenne engagée, elle a porté au conseil municipal une parole nouvelle : celle d’une génération qui souhaite participer pleinement à la vie publique, proposer, questionner, et imaginer un avenir plus durable pour la presqu’île.
Son témoignage est celui d’une jeune femme engagée, qui a cru en la force du débat démocratique et en la nécessité de proposer des alternatives pour sa commune. Pourtant, son parcours illustre aussi les difficultés rencontrées par celles et ceux qui osent contester, interroger, ou simplement imaginer une autre manière de gérer le territoire et qui se heurte à une vision verticale du pouvoir.
Entre propositions concrètes (pistes cyclables, gestion des eaux pluviales, intégration architecturale) et réponses parfois cinglantes, son récit interroge : comment accueillir la jeunesse en politique ? Comment faire de la contradiction une richesse, plutôt qu’une menace ? Et surtout, comment préserver l’esprit démocratique là où il devrait s’épanouir : dans nos communes, au plus près des citoyennes et citoyens ?
Pour les membres de La Vague Mandréenne, une certitude : la jeunesse n’est pas une menace pour la vie publique, elle en est l’avenir et sera écoutée.
Nous publions ici son récit, en intégralité, parce qu’il éclaire une réalité vécue, et parce qu’il ouvre notre réflexion collective sur la manière dont nous voulons faire vivre la démocratie à Saint‑Mandrier.
Le 15 mars, il ne s'agira pas seulement de choisir une liste, mais de choisir le climat dans lequel nous voulons vivre.
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Opposition, jeunesse et démocratie locale : mon expérience à Saint-Mandrier en tant qu’élue de l’opposition.
Lors d’un conseil municipal, je faisais remarquer que nous n’avions pas de véritable piste cyclable alors qu’à Grenoble ils ont plusieurs “autoroutes à vélo”.
Mme Esposito m’a répondu : « Vous avez qu’à aller vivre à Grenoble. »
Voilà ce qu’on répond à une jeune Mandréenne qui souhaite faire avancer les choses dans sa commune.
Maintenant, je vais vous parler de mon expérience d’élue d’opposition.
Être élue d’opposition, ce n’est pas être contre tout. C’est poser des questions, demander des comptes, proposer des alternatives. C’est faire vivre le débat démocratique.
Pourtant, les conseils municipaux avec Gilles Vincent étaient pesants. Lorsque je soulevais des doutes sur les évacuations des eaux pluviales de Nemea au Pin Rolland, ou sur l’ampleur de certains travaux municipaux, je ne faisais que mon travail. Lorsque je proposais la présence permanente de pompiers l’été sur la commune, cela aurait mérité un débat.
Depuis six ans, je demande en commission urbanisme la mise en place d’un architecte-conseil afin d’éviter des permis de construire qui défigurent notre cadre de vie.
La médiathèque vitrée, alors que les températures ne cessent d’augmenter, interroge. On m’a répondu que le projet était labellisé BDM. Mais au-delà des labels, nous avons besoin de bon sens : penser l’orientation, l’ombre, la ventilation naturelle, plutôt que de compter sur la climatisation… Le volume très cubique du bâtiment au centre d’un village provençal questionne clairement son intégration. Les nouveaux logements à l’entrée du Pin Rolland peinent, eux aussi, à dialoguer avec le paysage. Et le projet de Fliche semble s’inscrire dans la même logique.
Mais la contradiction semblait mal acceptée.
Un jour, en plein conseil municipal, il m’a été répondu :
« J’étais maire avant que vous soyez née, vous n’allez pas m’apprendre mon travail. »
Encore une fois, voilà ce qu’on répond à une jeune Mandréenne qui souhaite faire avancer les choses.
Cette phrase en dit long. Elle révèle une vision très verticale du pouvoir, où l’ancienneté devient un argument d’autorité pour clore la discussion plutôt qu’un moyen de transmettre. Où la jeunesse peut être perçue comme une remise en cause plutôt que comme une richesse.
Les tensions ont ensuite dépassé le cadre politique. Un échange est devenu particulièrement tendu au sujet de montants de travaux pour la mairie qui, selon moi, n’avaient pas été examinés en commission travaux. Des propos m’ont été attribués que je conteste, et une plainte a été déposée contre moi. J’ai moi-même porté plainte pour diffamation à la suite.
Cette période a été très dure. Je ne me rendais plus aux conseils municipaux sereinement. Oui, j’ai eu peur. Et quand une élue d’opposition commence à avoir peur, cela interroge forcément le climat démocratique d’une commune.
Quelques mois plus tard, lors d’un conseil municipal, j’ai simplement souri pendant une intervention du maire. Il s’est arrêté et a déclaré :
« Mme Montagny, vous savez ce qu’il va se passer si vous continuez. »
J’ai vécu cette phrase comme une menace. Une mise en garde publique, lourde de sous-entendus. Sur le moment, je n’ai pas eu la répartie que j’aurais voulu. Mais avec le recul, je comprends que ce type de phrase participe à installer un climat d’intimidation, où l’on hésite à parler, à réagir, à contester. Ce type de phrase n’est même pas exceptionnel car c'est le fonctionnement du Maire avec toutes les personnes qui ne sont pas d’accord avec lui.
Et quand l’intimidation devient une manière de gérer le désaccord, ce n’est plus un débat démocratique serein.
J’ai fini par quitter le village où je suis née pour m’installer à Grenoble. Et j’y ai découvert qu’une autre manière de gérer une ville est possible : davantage de mobilités douces, des investissements culturels visibles toute l’année, une attention portée aux arbres et à la qualité de vie, une réflexion sur l’avenir et sur les générations futures, sur la nécessité de limiter la sururbanisation.
Je reste convaincue qu’avoir une opposition jeune, engagée et constructive était une chance. Je n’étais pas seule : la liste de la Vague Mandréenne montre qu’une partie de la population souhaite du changement. Nous n’étions pas tous retraités ; nous avions un travail à côté, mais nous étions prêts à nous investir, à donner de notre temps pour faire bouger les choses. C’était une richesse, pas une menace.
Je ne fais plus partie de la liste pour les municipales de Saint-Mandrier. Je ne vote même plus à Saint-Mandrier. Peut-être que certains diront “bon débarras”.
Moi, ça me fend le cœur de ne pas avoir été capable de préserver cette presqu’île. Parce qu’il s’agit bien de cela : la préserver. La préserver humainement, en l’apaisant, mais surtout préserver ce cadre naturel exceptionnel qui fait son identité et sa beauté.
La démocratie locale a besoin de pluralité. Une commune ne progresse que lorsqu’elle accepte le débat — jamais lorsqu’elle cherche à l’étouffer
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